Péricardite aigüe et arythmie atriale

Tracé
N° 63
Pathology
Patient
Homme de 61 ans ayant présenté un syndrome grippal 15 jours auparavant; hospitalisation dans le cadre d'une douleur thoracique;
Péricardite aigüe et arythmie atriale
Péricardite aigüe et arythmie atriale
Péricardite aigüe et arythmie atriale
Péricardite aigüe et arythmie atriale
Commentaires

Ce patient a donc présenté une péricardite aigüe compliquée d'un épisode de fibrillation auriculaire spontanément résolutif. On retrouve dans la littérature la description d'un certain nombre de cas d'arythmies atriales paroxystiques ou persistantes survenant dans un contexte de péricardite aigüe ou chronique. Les modifications sur le myocarde atrial observées dans le cadre d'une péricardite chronique constrictive sont profondes du fait de la faible épaisseur du myocarde auriculaire; elles se traduisent par un remodelage anatomique, l'existence d'une dilatation fréquente du massif auriculaire avec signes électrocardiographiques d'hypertrophie auriculaire et incidence indiscutablement accrue de la survenue d'épisodes de fibrillation auriculaire (un tiers des patients environ).

Le rapport de causalité entre péricardite aigüe et fibrillation atriale semble moins net. La présence d'un sous-décalage du segment PQ constitue (comme chez ce patient) un marqueur d'une atteinte inflammatoire du péricarde atrial. Différents modèles animaux de péricardite aigue ont permis de documenter la libération de cytokines pro-inflammatoires potentiellement arythmogènes. Les études prospectives permettant de mesurer l'incidence réelle de cette complication chez l'homme sont toutefois peu nombreuses avec des résultats parfois contrastés. Il semble que, dans le cadre d'une péricardite aigüe, la fibrillation auriculaire survient préférentiellement chez des patients présentant déjà d'autres facteurs favorisants (patients plutôt âgés, hypertendus, avec dilatation préalable auriculaire). L'inflammation du péricarde atrial pourrait donc être considérée comme un cofacteur dans l'initiation de l'arythmie atriale chez des patients préalablement à risque, l'incidence n'étant que très faiblement augmentée par rapport à celle observée dans la population générale à l'exception des formes sévères avec épanchement abondant altérant l'hémodynamique ou syndrome inflammatoire très marqué (péricardite tuberculeuse).

Les épisodes d'arythmie sont le plus souvent transitoires et spontanément résolutifs suggérant une bonne efficacité de la composante anti-inflammatoire de la thérapeutique. En revanche, le risque de récidive au long cours semble important avec ou sans signes cliniques et échographiques de récidive de péricardite. Le risque thromboembolique semble limité avec documentation d'un faible taux d'accident ischémique embolique (AIT, AVC, embolie périphérique). La nécessité d'anticoaguler ces patients doit donc être balancée par le caractère transitoire des arythmies, le risque apparemment limité de complications thromboemboliques décrites dans les études de faible effectif réalisées jusqu’à présent et le risque théorique (mais non observé dans les études) de saignement intra-péricardique. Devant le risque élevé de récidive, il parait raisonnable d'appliquer les recommandations habituelles dans ce sous-groupe de patients.

Exergue
La péricardite aigüe fait partie des étiologies reconnues d'arythmie atriale. Il semble toutefois que l'inflammation du péricarde atrial ne pourrait être considérée que comme un cofacteur dans l'initiation de l'arythmie atriale chez des patients préalablement à risque.